Éditions Albin Michel – Collection Les Grandes Traductions
384 pages
István, quinze ans, vient d’emménager avec sa mère dans un quartier modeste d’une petite ville de Hongrie. Isolé, désoeuvré, c’est par hasard qu’il se lie avec sa voisine de palier, une quadragénaire mariée. Celle-ci lui fait découvrir les plaisirs de la chair, jusqu’à ce qu’un incident mette un terme à leur relation.
Après quelques années dans un centre de détention pour mineurs, István s’engage dans l’armée et combat en Irak. De retour, il part pour l’Angleterre où, travaillant comme chauffeur et agent de sécurité, il intègre la sphère de l’élite économique et politique, et tente de faire fortune dans l’immobilier. Mais par-delà son ascension sociale se cache un être fondamentalement passif, comme étranger au monde et à lui-même. Même dans son rapport au sexe.
À travers la figure d’István, David Szalay décrypte la crise de la masculinité dans un monde dominé par la marchandisation, le culte de la performance et l’augmentation des inégalités. L’implacable anatomie de l’homme contemporain. Traduit de l’anglais par Benoît Philippe.
Après un turbulent “Turbulences”, David Szalay nous plonge avec une rare intensité dans la confrontation entre l’Homme et la société.
Les années défilent au rythme d’une bobine de cinéma. Le film s’arrête sur ces moments-clés qui marquent le personnage et le lecteur. Scènes fortes et intimes, le chemin hasardeux de sa vie, le pousse vers l’inconnu salutaire. Il converge vers les rencontres décisives, l’amour, la famille et la mort. Un scénario poussif jusqu’au bout comme une vieille rengaine en boucle.
David Szalay a le talent indéniable de raconter l’histoire des gens. Istvan est l’archétype de l’homme hypersexué et matérialiste au cœur de cette société qui n’invite qu’à cela. Il se cherche, se perd, se découvre meilleur, mais pas tellement, avare de tout et destitué de son trône. Aléas, fortunes, déconvenues, une vie faite de bric et de broc et d’argent.
Décryptage minutieux des travers de notre monde, David Szalay nous invite à observer, décortiquer et à analyser le bon et le mauvais.
Franche, sa plume use de bondieuseries à faire rougir ou pâlir le lecteur. C’est majestueusement dévergondé. Paradoxe flagrant face à un homme qui n’est là, presque, que par obligation.
David Szalay rencontre la vie : la pas belle. Celle qui suinte par les mauvaises actions. Celle qui est ni glorieuse ni brillante.
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