1885 : comme chaque année, à la Salpêtrière, se tient le très mondain « bal des folles ». Le temps d’une soirée, le Tout-Paris s’encanaille sur des airs de valse et de polka en compagnie de femmes déguisées en colombines, gitanes, zouaves et autres mousquetaires. Cette scène joyeuse cache une réalité sordide : ce bal « costumé et dansant » n’est rien d’autre qu’une des dernières expérimentations de Charcot, adepte de l’exposition des fous.
Dans ce livre terrible et puissant, Victoria Mas choisit de suivre le destin de ces femmes victimes d’une société masculine qui leur interdit toute déviance et les emprisonne. Parmi elles, Geneviève, dévouée corps et âme au célèbre neurologue ; Louise, abusée par son oncle ; Thérèse, une prostituée au grand cœur qui a eu le tort de pousser son souteneur dans la Seine ; Eugénie enfin qui, parce qu’elle dialogue avec les morts, est envoyée par son propre père croupir entre les murs de ce qu’il faut bien appeler une prison.

Ma note : 4/5
240 pages
Nouveauté 2021
Disponible au format numérique, poche et broché
Après avoir lu « Un miracle » de Victoria Mas, je me devais de lire son premier roman.

 

Paris, la belle époque, la révolution industrielle, une société patriarcale où les femmes ne sont que de vulgaires marchandises. L’épouse sous le joug de son mari, une jeune fille violée, une prostituée, l’infirmière qui voue le culte au professeur du service, et celle qui tente de se libérer de toutes ses entraves mais qui voient des morts.

 

Victoria Mas inscrit son roman dans une dimension sociétale qui nous fait frémir d’angoisse et dans une autre sans contexte qui est historique. La Salpêtrière, laboratoire au cœur de Paris. Des centaines de femmes, au profil différent, sont l’objet d’expertises totalement humiliantes et inhumaines. Geneviève, l’infirmière en chef et un brin misogyne, chapote les lieux avec rigueur. Thérèse la doyenne et la figure maternelle du dortoir, Louise la jeune fille qui croit au grand Amour et Eugénie, la petite dernière qui a osé confier qu’elle voyait les morts et qui rêvent de s’affranchir de la société patriarcale. Chacune à leur manière sont les représentations de l’oppression patriarcale. Puisqu’elles ont osé crier haut et fort leurs blessures personnelles et leurs aspirations de « vengeance », elles sont bannies de la société et considérées comme des indésirables. La Salpêtrière est l’emblème suprême de la répression, de l’oubli et de la déchéance. Seul bémol à cette sauvagerie forcée ce bal, mi- Pâques, où les folles deviennent les reines du bal. Est-ce à vomir ? Totalement !

 

J’ai adoré retrouver la plume de Victoria Mas. J’aime sa franchise et surtout j’apprécie cette volonté de parler du passé, de ce qui a fait que notre société est telle à l’heure actuelle (entre autres). Il n’y a pas cet aspect de voyeurisme morbide, de pitié inadaptée. Il y a les faits tels quels, la réalité pure et dure. C’est un roman poignant, émouvant et d’une rare justesse. Victoria Mas aime conjuguer la réalité du sujet qu’elle aborde dans son récit avec une notion de spiritisme. Je suis sensible à ce duo et contrecarre le bienpensant.

 

Victoria Mas sublime la liberté féminine encerclé par la noirceur de l’homme.

 

Je n’ai plus qu’à visionner l’adaptation cinématographique de Mélanie Laurent.

5 réponses à « LE BAL DES FOLLES, un roman de Victoria Mas. »

  1. Avatar de Rowenabookine

    Il est dans ma pal, il faut que je le sorte.

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    1. Avatar de Miss Chocolatine Bouquine
      Miss Chocolatine Bouquine

      Absolument !!!! Je valide 🙂

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  2. Avatar de tampopo24

    Je n’ai pas lu le livre mais uniquement le film qui s’en inspire. C’est une histoire bouleversante, tu as raison.

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    1. Avatar de Miss Chocolatine Bouquine
      Miss Chocolatine Bouquine

      je viens de me prendre amazone prime pour 1 mois gratuit juste pour voir le film. 🙂

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      1. Avatar de tampopo24

        Excellent !

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