RÉCIT
Éditions Bayard récits
272 pages

« Mon père ne m’a jamais vraiment raconté sa vie. Quelques bribes éparses me sont parvenues. Une vie romanesque et tourmentée, marquée au fer rouge de la violence. J’ai découvert à l’adolescence qu’il avait passé plus de huit ans en prison. Ces huit années, il les avait purgées avant ma naissance, dans les années 1970, mais la trace de l’emprisonnement était omniprésente dans nos vies. »
Il y a l’histoire individuelle bien sûr. Celle d’un homme issu de la classe moyenne provençale qui se révolte contre les conventions sociales et religieuses, et se laisse happer par la délinquance. Alain Vallet braque plusieurs banques dans les années 1960, teintant, a posteriori, ses actes de couleurs anarchistes et anticapitalistes. Mais il y a aussi la grande Histoire. Celle de Marseille et du crime. Celle de la Justice et de sa sévérité dans la France des Trente Glorieuses. Celle des méthodes d’interrogatoire de la police, des prisons en ébullition de l’après Mai 68. Alain Vallet fera partie des meneurs des révoltes carcérales. Il écrira dans le journal du Comité d’action des prisonniers, inspiré par Foucault, puis dans les colonnes de Libération. Il publiera plusieurs romans sous le pseudonyme d’Alain Dubrieu et sera invité sur le plateau d’Apostrophes par Bernard Pivot. Mais sa révolte, et son mal-être, contaminent la sphère domestique, faite d’excès et de chaos, jusqu’à l’emprise.
Cédric Vallet mêle le récit intime avec l’enquête sociologique et historique, cherchant à comprendre l’envers du décor. En retraçant le parcours d’un homme révolté et flamboyant, il tente de réparer, même après la mort, les liens d’une relation père-fils contrariée, interrogeant à la fois la rédemption par l’écriture et les racines d’une rage destructrice.
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Une vie chaloupée

“Ce livre n’est pas un hommage. Ce livre n’est pas un procès. Mon père a déjà été jugé. C’est une pulsion de vérité”.
 
Connaître son passé, c’est connaître son présent. Cette quête de vérité est un chemin parfois hasardeux, parfois dangereux, souvent salutaire. Mettre des images, des mots, des souvenirs, des sons, des sensations sur des situations inexpliquées et douloureuses, c’est se délivrer du fantôme. 
 
Alain Vallet, alias Alain Dubrieu est le héros d’une vie qui ne débute pas sous de bons hospices. Une enfance stricte, une adolescence où il se détache des liens familiaux pour explorer la vie. Délinquance, petits délits, un service militaire corsé, Alain grandit et se façonne au cœur du grand banditisme marseillais. Braquages et banque-route, direction la prison pour 10 années de sa vie. Découverte d’un milieu violent où les droits des hommes sont inexistants. Un baccalauréat obtenu, des études de journalisme difficiles d’accès, Alain Vallet a un esprit critique et vif. Il dénonce très vite les conditions de vie et se joint aux émeutes qui secouent le monde carcéral début des années 70.
 
Alain Vallet a la contestation dans le sang. Son intelligence débordante est au service de la cause des prisons. Son fils, Cédric, le relie à la vie. Un lien défectueux, puissant et malfaisant vibre entre eux. Un petit garçon fasciné par l’aura d’un père et un père qui tente de ne pas reproduire les schémas familiaux.
 
Cédric Vallet signe un premier récit mené par cette force invisible mû par la résilience et l’envie de comprendre. Un texte vibrant, intime alternant avec des apartés plus spécifiques sur le sujet des prisons françaises.
 
Un parcours houleux qui j’espère aura permis d’atteindre la paix et de se libérer de ce poids.

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