Gourous du fitness et stars des tabloïds, ses parents l’ont élevée dans le fantasme d’une éternelle jeunesse. Imaginative et rebelle, drôle et désarmante, la jeune Verónika ne supporte ni sa famille ni leur mode de vie, elle ne comprend rien à leur régime hyperprotéiné ni à leur culte du corps. Quelques décennies plus tard, désormais quarantenaire, Verónika est l’héritière d’une immense fortune et décide d’abandonner sécurité, notoriété et richesse en s’installant à Tenerife. La poudre réapparaît sous une autre forme lorsqu’elle tombe amoureuse de Prince, un vendeur de pilules censées guérir tous les maux du corps et de l’esprit…
L’obsession de l’apparence, la violence familiale ou le dangereux vernis du bien-être sont autant de thèmes que Bergthóra Snæbjörnsdóttir explore avec une maîtrise saisissante. Traduit de l’islandais par Hadrien Chalard.
La vie de Veronika n’a rien d’idyllique. Fille des magnats islandais du fitness, son enfance est rythmée entre la salle, la maison souvent vide et l’école où elle ne se sent pas à sa place. D’ailleurs, elle ne se sent à sa place nulle part. Malgré la présence (malsaine) de ses parents, Véronika est élevée au rang d’enfant roi. Elle ne supporte ni la frustration ni la solitude. Elle a sans cesse ce besoin inconscient de devoir plaire, d’être au centre de l’attention. Comment grandir dans ce climat où l’apparence est reine et où le climat familial est étouffant et toxique ?
Dans un sens, ce roman est tourné vers un aspect psychologique que je qualifierai d’intense. Les blessures de l’enfance, l’acceptation de soi, l’apparence, la course vers la réussite, la jalousie extrême, le bonheur sont tout autant de sujets abordés à de nombreuses reprises.
Le récit s’articule en deux parties. La première met en exergue l’enfance : les premières blessures, les premières peurs, la construction de l’ego et de l’estime de soi. Le comportement des parents et celui de la petite fille m’ont mis mal à l’aise. Certaines scènes sont redondantes mettant l’accent sur des attitudes malaisantes et pesantes. Toutefois, je peux comprendre que leur présence est nécessaire pour le personnage de Veronika.
Nous retrouvons dans la seconde partie une Veronika adulte : poste à responsabilité, une relation de couple peu stable, angoissée, alcoolique. C’est dans un moment douloureux qu’elle rencontre Prince. Il représente la douceur, l’intellect, la stabilité, la richesse, tout ce qu’elle souhaiterait être. Sans le savoir, elle est prête à tomber dans un nouveau piège.
Ce roman, une fois fermé, laisse un arrière-goût difficile à cerner. La vulnérabilité de Veronika m’a littéralement remuée. Elle façonne l’enfant et l’adulte, elle exacerbe les blessures et les peurs. Elle reflète les maux de la société occidentale : la quête du bonheur parfait, de la femme parfaite, de la vie parfaite, du métier parfait, du corps parfait et le tout saupoudré de poussière de perlimpinpin. Un roman édifiant, captivant et choquant !
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