
LITTÉRATURE CONTEMPORAINE
Éditions Ateliers Henry Dougier – Collection Le roman d’un chef-d’oeuvre
111 pages
Hauterives, petit village de la Drôme, à l’aube du XXe siècle.
Ferdinand Cheval, ancien facteur que l’on traite de vieux fou au village, façonne son propre tombeau dans le cimetière. Peu à peu, au milieu des pierres tombales, s’élève une sculpture délirante.
L’histoire de l’art n’a retenu du Facteur Cheval que son Palais Idéal. Pourtant, celui-ci apparaît comme un prélude au Tombeau du silence et du repos sans fin. Méconnue, cette œuvre totale se révèle bien plus radicale que le Palais Idéal : elle constitue l’aboutissement du geste créateur de l’artiste.
À travers son histoire se dessine l’ambition secrète d’un artiste autodidacte, hors du temps, animé par une nécessité intérieure irréductible.
Dans son récit, Eugénie Bey propose une lecture nouvelle de la personnalité de Ferdinand Cheval et de son œuvre. Son approche s’appuie sur enquête minutieuse menée sur la vie de l’artiste et la lecture de ses correspondances.
LA LIBERTÉ DE CRÉER
Il ne passe pas une année sans que nous voyions à la télévision le fameux “Palais idéal” du facteur Cheval. De ce fait, vous connaissez peut-être l’histoire derrière ce chef-d’œuvre ?!
Eugénie Bey va au-delà de tout ce que vous savez. Elle décortique les instants de vie d’un homme de la terre. Fils de paysans, il découvre très tôt la dureté, le labeur, la discipline et la rigueur d’un monde qui n’épargne rien. À l’école, il apprend à lire, mais écrire n’est pas sa tasse de thé. Il est vite retiré de l’école pour aider à la ferme ; puis, des années plus tard, il travaille dans une boulangerie avant de devenir facteur.
Et c’est ainsi qu’il va découvrir le monde, l’art, l’architecture, les autres pays. Les cartes postales, les revues qu’il distribue sont sa fenêtre sur l’ailleurs, sur cette liberté qu’il touche du doigt. Et, un jour, il ramasse les pierres qui jalonnent les chemins, les ramène chez lui et bâtit, tard le soir, alors que la nuit fait son œuvre. Sa seconde épouse et sa fille n’étant pas étrangères à l’inspiration de l’artiste en devenir.
Ferdinand Cheval n’a que faire des rumeurs et du fait qu’il n’appartienne à aucun mouvement artistique. Il construit, façonne, érige comme il le veut, s’inspirant de l’ailleurs, de citations, osant même y graver ses propres mots. Voici comment est né le Palais idéal.
Il est le prémisse à son Tombeau, ce dernier lieu qui liera la vie à la mort. Cette dernière a une place prépondérante dans sa vie. Ferdinand Cheval la côtoie, la dompte, la confronte. Il laissera, dans le chaos abyssal du vide, le plein de lui, de la terre et de la beauté.
Eugénie Bey signe un roman captivant, hors du temps. J’ai été subjugué par chaque détail, par la manière de mettre en avant cet homme qui, dans son obsession, a créé l’éternité. C’est un hommage puissant et indéniablement marquant ! Une lecture inoubliable, qui nous invite au voyage, à la liberté de créer, de s’affranchir des codes et de s’ouvrir aux mondes et à la lumière.
Un sacré coup de cœur ! (Et une pensée à Niki de Saint Phalle, qui lui ressemble beaucoup dans sa manière de créer).
« Ferdinand. Merci.
Merci de rappeler ce qu’est vraiment l’art. Cette fulgurance qui dure toute la vie. Cette peinture pariétale en forme de palais pour faire sourire la montagne. Ce geste de soin, de rituel, de réparation.
Merci pour le travail, merci pour la fatigue, merci pour l’amour irrationnel, tenace, visionnaire. Merci pour cette transe sans tambour, qui fait danser la pierre et rêver la nuit. »

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